Lors de l'été brûlant de Delhi en 1714, un jeune prêtre italien reçut la permission de tenter l'impossible : pénétrer à pied dans le royaume le plus interdit de la Terre.
Le Jésuite qui pénétra dans le Royaume Interdit
Comment Ippolito Desideri devint le premier Européen à atteindre le cœur secret du Tibet
Un prêtre jésuite devint le premier Européen à véritablement pénétrer au Tibet, maîtrisant sa langue et débattant avec ses moines.
Le vent transperçait ses robes comme une lame tandis qu'Ippolito Desideri contemplait les murailles vertigineuses de Lhassa. C'était le 18 mars 1716, mais son voyage avait commencé des années plus tôt — et le 11 août 1714, dans la chaleur étouffante de Delhi, le jésuite italien de trente ans avait pris la décision qui allait définir sa vie. Ce jour-là, il reçut de ses supérieurs la permission de tenter ce qu'aucun Européen n'avait accompli depuis plus d'un siècle : pénétrer au Tibet et convertir son peuple au christianisme.
La mission était considérée comme suicidaire. La précédente expédition jésuite au Tibet s'était achevée en 1635 dans l'épuisement et la retraite. Mais Desideri n'était pas un prêtre ordinaire. Né à Pistoia, en Toscane, il possédait une férocité intellectuelle égalée seulement par son endurance physique. Il maîtrisait déjà le persan et l'hindi. Il se proposait désormais d'apprendre le tibétain — une langue si complexe que même les linguistes les plus aguerris la considéraient comme impénétrable.
Depuis Delhi, Desideri et son compagnon portugais Manuel Freyre traversèrent l'Himalaya par des cols dépassant 5 000 mètres d'altitude. Freyre finit par rebrousser chem…
💡 Les manuscrits tibétains de Desideri étaient si avancés que lorsqu'ils furent finalement publiés au XXe siècle, les chercheurs découvrirent qu'il avait correctement identifié des concepts philosophiques que les universitaires occidentaux ne comprendraient que 200 ans plus tard.